Un récent article du
Japan Times pose en sous-titre une affirmation essentielle aujourd'hui : "Labor issues should trump all others for foreigners in 2009". L'article lui-même oublie de développer la question pour s'égarer dans un dédale de considérations secondaires.
La question se pose tout autant pour l'emploi de type salarié que pour l'emploi indépendant. Je n'oublie pas que FFJ ne concerne pas strictement des membres au Japon, et j'espère que la question sera abordée plus largement par d'autres membres quand l'importance de comprendre et discuter au-delà de l'anecdote la dynamique de l'employabilité dans son pays sera mieux comprise. Mon propos est donc confiné ici à ce qui se passe au Japon.
Un membre de FFJ me signale en privé être retourné en France pour quelques temps, faute de trouver à s'employer ici, et grâce à une mission à effectuer là-bas. Certains membres ont disparu semble-t-il sans laisser de traces sinon que leur page profile obsolète, certains pour des raisons d'échec à trouver à vivre ici. Au delà des circonstances de chacun, on ne saura pas ce qui n'a
pas marché. La relation de l'échec est un tabou.
Il ne sert à rien de tenter de faire un catalogue des activités freelance possibles au Japon dans le sens où chaque exemple de "réussite" telle qu'on trouve des échos dans des magazines ou des ouïs-dires n'apprend jamais rien sur le contexte large, les dynamiques en jeu qui ont rendu possible ce succès. On devrait tout autant couvrir les échecs dès lors qu'on se situe dans une logique d'analyse des possibles et pas de promotion marketing. Donc la question primordiale pour tenter de comprendre ce que soutend une activité freelance qui monte au Japon, une entreprise qui se développe, ce n'est pas "comment" mais "pourquoi". Et la question est bien sûr d'autant plus difficile à poser qu'elle ne se pose pas. Généralement, on veut savoir la "recette", dans l'idée naturelle qu'il y a quelque chose dans le descriptif qui va être source d'inspiration. Malgré cela, il faut alors encore trouver quelqu'un de capable ou d'accord à révéler sa
recette au delà des banalités sur l'intelligence, l'effort et la chance. La relation personnelle la plus tangible que j'ai entendu est celle d'un français qui venu ici à l'occasion des jeux olympiques de Tokyo de 1964, m'avait dit narquois et satisfait, et sans plus développer bien sûr : "A cette époque, il suffisait de parler trois mots de japonais pour être interprète. Il n'y avait personne d'autre!" Vient ensuite la litanie des bons mots proverbiaux sur l'air de "l'occasion fait le larron", et les regrets éventuels de ne pas y avoir été ("si vous aviez été là du temps de la bulle!"), tout ce qui égare l'attention sur l'émotionnel et l'anecdote, alors que l'important est ailleurs. L'important dans ce cas précis mais généralement dans tous les cas, c'est le contexte historique, et c'est le fil qu'il faut tirer soi-même.
Bien sûr, on peut toujours retorquer que ces choses là se comprennent avec le recul du temps. Je le pensais aussi. Je n'en crois plus un mot. L'effort de se dégager de l'anecdote pour analyser les dynamiques qui expliquent pourquoi les choses sont comme elles sont est d'autant plus difficile qu'il est hors des habitudes communes. On peut gloser sur l'erreur ou la tendance de voir l'arbre et d'ignorer la forêt, mais dans les faits, observer la forêt demande une pratique d'analyse pas évidente. C'est aussi potentiellement une pratique à exercer en commun pour plus d'efficacité et de bénéfice, parce que l'exercice n'est pas esthétique mais bien stratégique.
Un ami français ici qui n'a rien à voir avec FFJ me disait l'autre jour avec ironie qu'il n'y a pour les français que le nucléaire, les avions et les garçons de café qui marchent. A supposer que la caricature à la hâche ne soit pas totalement fausse, se demander pourquoi, et donc révéler les dynamiques qui rendraient possibles en priorité ces domaines d'activité, apparait alors comme une réflexion essentielle.
Au niveau du freelancing aussi, se demander pourquoi ici et maintenant ce que l'on fait ou tente de faire donne dans l'immédiat ou à brêve échéance les résultats que l'on connait soi-même devrait déboucher sur la révélation de nouvelles pistes de développement professionnel. C'est ce à quoi le dialogue sur FFJ pourrait servir.
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