Freelance France Japon

FND (5) : Que savons-nous du dessin animé télévisé japonais ?

Que savons-nous du dessin animé télévisé japonais ?

1.
Les idées reçues à l'égard de la production japonaise de dessin animé ont évolué en France au cours des dernières années, passant hâtivement d'un préjugé négatif à un apriori positif. Mais à ce jour, ce transfert d'apparence n'a pas permis d'extraire le sujet d'un rapport basé avant tout sur le malentendu, et d'autre part ce revirement d'opinion ne vaut que pour le domaine cinématographique, et est avant tout le fait d'une œuvre, celle du seul Miyazaki. Divers retours de bâton sont donc prévisibles, face à une production aujourd'hui contrastée (y compris chez Miyazaki) et d'une tenue générale inévitablement moins uniforme que ne le voudraient un enthousiasme ou un dénigrement simplistes. Or que la qualité, notamment, soit inégale, qui songerait à le nier ?
En d'autres termes, d'autres retournements d'appréciation s'annoncent, en un mouvement de balancier à réactions successives, qu'il reste seulement à espérer d'une amplitude décroissante s'il s'agit d'entrer un jour dans une perception laissant davantage place à la nuance.

2.
Il y a de cela quarante-cinq ans, le 1er janvier 1963, était lancée au Japon la diffusion de la première production locale de dessin animé de série télévisée adoptant le format, alors sans précédent, d'épisodes hebdomadaires d'une vingtaine de minutes. Il s'agissait du fameux Tetsuwan Atomu (dont une mouture ultérieure fut baptisée en français Astro le petit robot) d'après l'œuvre emblématique d'Osamu Tezuka, le premier pionnier de la bande dessinée de l'après-guerre.
Aujourd'hui, ce format télévisé constitue à lui seul un continent dont l'immensité défie littéralement le regard : ainsi, au tournant des années 2000, un état des lieux référençait au Japon un total d'environ 1500 titres de dessins animés produits pour la télévision et correspondant presque tous à des séries dont les épisodes se comptent souvent, pour chacune, par dizaines, voire par centaines.
S'il serait clairement vain d'attendre d'un tel ensemble la moindre cohérence ou norme commune, qu'il s'agisse d'envergure, d'intérêt foncier ou de qualité formelle, la question se pose dès lors : qui donc, au Japon même, et a fortiori à l'étranger, peut prétendre à une connaissance circonstanciée, sinon raisonnablement exhaustive d'un tel corpus (lequel ne cesse d'ailleurs de gagner en volume) ? Qui saurait en tracer une cartographie un tant soit peu fiable ? L'exercice apparaît de fait fort périlleux.

3.
Dans toute tentative de classement typologique, s'imposent de prime abord l'évidence qu'une logique énumérative ne permet qu'un bref survol, et le constat de certaines tendances durables, prédominances génériques comme persistances d'ordre "généalogique".
Le motif du robot en constitue l'exemple le plus criant : ses maints avatars vont du profil "humanoïde et humaniste" d'Astro au sous-genre du "robot réaliste" élaboré par Yoshiyuki Tomino à travers sa saga Gundam, en passant par les modèles géants télécommandé (Tetsujin n°28), puis piloté (les Mazinger et consorts). L'évolution de ce type d'engins de combat se poursuit par la suite, des modèles "transformables" (Macross) jusqu'aux déclinaisons à résonances symbolistes et psychanalytiques (Evangelion).
Parmi les séries destinées aux garçons, les orientations faisant pleine place à la vie sauvage et à l'aventure, celles jouant sur le registre historique de combats guerriers ou celui, inépuisable, de la science-fiction, battent leur plein dès les premières années du format télévisé.
Ensuite, apparaissent pour des publics divers (garçons puis filles, famille au complet, adolescents et jeunes adultes...) les comédies burlesques, les séries sportives exaltant une persévérance acharnée, les histoires de fillettes magiciennes, de justiciers vengeurs, de romance douce-amère, de gangsters nonchalants et pleins de ressources, les grandes fresques historiques, le western (!), les adaptations-fleuves de classiques littéraires, les récits du quotidien ordinaire ou prenant pour cadre l'école, les univers animaliers, etc.

Tracer des parallèles avec le médium voisin de la bande dessinée est un recours toujours séduisant. En l'occurrence, l'expédient se révèle sans grande utilité lorsqu'il s'agit d'examiner les catégories génériques auxquelles rattacher les séries produites effectivement, quelle que soit l'importance relative, parmi elles, des adaptations depuis les feuilletons dessinés à succès. Car la fréquence, certes importante, des récits adaptés depuis la bande dessinée n'induit en rien que les genres observables de part et d'autre se retrouvent en des proportions comparables. Et de fait, bien des genres établis en bande dessinée ne se verront que très peu transposés en animation, voire pas du tout. Ainsi de la majorité des auteurs de gekiga ou issus de l'édition alternative, comme de larges pans de la production dessinée féminine — et en particulier tous les récits destinés à un public de lectrices parvenues à l'âge adulte.
De ce minuscule aperçu, ressort au moins cet élément de conclusion annexe : d'un registre à l'autre, comme d'un format de production à l'autre au sein d'un même registre, ne s'observe aucune transitivité systématique, aucune loi de correspondance à valeur générale. Et c'est dans chaque cas de figure observé, à chaque échelle d'un découpage quel qu'il soit de ces territoires à peine dévoilés, qu'il convient de vérifier concrètement la validité de telles correspondances comme leurs limites.

(13 janvier 2009)

http://www.japandigest.fr/japandigest/content/view/72/64/

Vues : 110

Commenter

Vous devez être membre de Freelance France Japon pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Freelance France Japon

Suivez FFJ sur Twitter et Facebook

Discussions

Éclectiques - 4ième édition

Démarrée par Michael Goldberg 16 avr..

Présentation FFJ: Autorisations pour le tournage

Démarrée par Michael Goldberg 6 avr..

Faire avancer l'association FFJ 6 Réponses 

Démarrée par Michael Goldberg. Dernière réponse de Géraldine Oudin 4 avr..

Activités FFJ à Tokyo et sur Facebook 2 Réponses 

Démarrée par Lionel Dersot. Dernière réponse de Lionel Dersot 17 mars.

Compte de banque FFJ 1 Réponse 

Démarrée par Michael Goldberg. Dernière réponse de Michael Goldberg 24 févr..

Billets

Workshop Photo

Publié(e) par Sébastien Lebègue le 8 mars 2013 à 11:57

ZOOM Japon, les 50

Publié(e) par Jérémie Souteyrat le 5 mars 2013 à 20:57 — 3 Commentaires

Bonjour!

Publié(e) par fanny fernandes le 3 mars 2013 à 18:44 — 3 Commentaires

Yayoi Kusama - résultats du tournage

Publié(e) par Michael Goldberg le 2 mars 2013 à 12:00 — 1 Commentaire

© 2013   Créé par Michael Goldberg.

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation