Quels sont les tarifs en vigueur pour un fixeur au Japon?
Je viens de finir une mission de fixeur qui aura duré 15 jours hors le temps passé à la préparation. C'est là première fois que j'ai accepté de faire ce travail, par curiosité et disponibilité, certainement pas pour l'argent offert. On m'a proposé 150 euros par jour, justifiant - incontournable argument - la rareté du budget (sauf pour les producteurs). C'était l'occasion de voyager au Japon, et une activité parallèle à distance me permettait de ne pas trop me fixer sur ce tarif incompatible avec le coût des opportunités (opportunity cost) et le coût de la vie.
Hormis dans des situations de précarité où tout est bon à prendre, le freelancer doit se positionner dans la logique capitaliste de l'opportunity cost, et jauger de la validité pécunière d'une mission sur la base de ce qu'il pourrait gagner (mieux) ailleurs au même moment. Le marché veut rendre cette forme d'analyse et d'attitude face au marché impossible hormis pour les professionnels de haut vols qui peuvent choisir leurs opportunités, c'est à dire refuser les offres médiocres. Il y aura toujours quelqu'un pour casser votre marché. J'ai mis du temps à comprendre cette vérité.
En terme strict d'opportunity cost, je n'aurai pas accepté 150 euros par jours sauf à être au bout du rouleau. Le marché veut que les freelancers précaires réagissent en affirmant d'un air envieux et courroucé : "même à 150 euros je l'aurais fait moi!". Je souhaite à ces freelancers pour ma part d'arriver à un stade où ils peuvent se permettre de dire non au marché, ce qui, dans un marché concurrentiel, est une attitude saine.
Tout ceci pour éviter que la discussion tourne autour d'un discours de la logique précaire et poser la question à laquelle je n'ai pas de réponse: qu'est-ce que 150 euros par jour (le jour peut varier de 12 à 16 heurs ou plus) dans le marché du fixing au Japon. Y a-t-il des tarifs "standards"?
Après cette première expérience, mes conclusions propres sont les suivantes:
- si c'était à refaire à ce tarif là, non. Le fixeur qui parle japonais (comment peut-on être fixeur ici et ne pas parler japonais?) est tellement indispensable que l'équipe de tournage n'aurait pas pu faire un quart de ce qu'elle a tournée sans.
- n'étant pas moi-même un téléspectateur, ce fut une découverte que de voir comment on fabrique des images, et que même dans la recherche du "naturel", il y a toujours une mise en scène. Malgré que le projet concernait un programme "sérieux". Je suis encore plus enclin maintenant à ne pas regarder la télé.
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