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Lionel Dersot

Perfectionnement stratégique du japonais

Selon son corps de métier et sa nationalité, on peut - sans même travailler comme interprète - avoir besoin de se perfectionner en japonais comme langue étrangère. Je propose de partager ici des techniques et réflexions à ce sujet qui sont tout aussi valables pour une autre langue, en partant du postulat évident qu'une langue se travaille et que je ne crois pas du tout à la validité de l'écoute passive - la télé - comme méthode. Il s'agit d'un perfectionnement en langue adulte, celle utilisée d'abord dans un contexte de travail. A suivre. Vos propres trucs et méthodes sont bien sûr plus que bienvenus ici.

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Réponses à cette Discussion

Je trouve le japonais très "contextuel," dans le sens qu'on change de comportement et de langage selon le contexte dans lequel on se trouve. Par exemple, dans les réunions d'affaires on commence d'habitude par s'asseoir penché vers l'avant, et au fur et à mesure que la discussion (y compris des moments silencieux) avance, plus on s'enfonce dans nos sièges. Les formalités du début disparaissent aussi.

Pour moi le body language est aussi importante que le parlé pour bien communiquer avec des japonais. Vous me trouverez peut-être "tatamisé" (ça ne me gêne pas le moindrement), mais je fais des courbettes tout naturellement. S'il me manque de vocabulaire (la raison principale pour laquelle je ne traduis pas formellement), on me fait souvent des compliments sur mon japonais. J'ai l'accent, plus ou moins. Mais ce n'est pas cela. Nombreux sont les étrangers qui se plaignent qu'ils ne sont pas acceptés par les japonais même s'ils "parlent couramment."

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Lionel, j'ai essayé de rajouter une réponse à votre dernier commentaire ici, et le vôtre est disparu. C'est de ma faute. J'avais des italics, bold et underline à l'intérieur d'une phrase, et Ning a gelé. Je me suis donc décroché, et lorsque je me suis reconnecté – pouf!

Vous parliez du fait que vous aussi faites des courbettes, et que la communication non-verbale n'est pas unique au japonais. En avez-vous gardé une copie?

Avant que ma réponse ne disparaisse aussi, la voici...

===================

Votre réponse est très sage. C'est vrai qu'on ne se rend pas compte de son comportement dans sa propre langue et culture (à moins qu'on arrive à se dédoubler à chaque instant).

L'acceptation fait partie – pour moi – de la communication; l'aliénation, d'un manque de communication. On peut être en désaccord sans rejeter les idées de l'autre à priori. S'il est vrai qu'on tient chacun des principes de base, je croix il est important de rester ouvert à se faire changer d'opinion. Il me semble que la flexibilité d'admettre que l'autre a raison est à la base de toute communication réelle.

Vous avez raison de dire que changer de comportement selon les circonstances n'est pas un privilège de cette culture. Je suis très conscient du fait que les gens peuvent être nerveux devant une grosse caméra de télé, surtout pendant des interviews formelles. La façon que je leur mets à l'aise n'est pas d'ignorer leur peur. Au contraire, je leur explique que les professionnels aussi sont nerveux devant une caméra (c'est vrai). On dit au théâtre qui si on perd le trac avant de monter sur scène, c'est fini.

Lorsque je citais la courbette comme exemple de communication non-verbale, je ne parlais pas de se mettre à quatre pattes, avec le front sur le tatami. Ce sont les courbettes à peine visibles, par exemple pour remercier des gens qu'on ne connaît même pas pour une petite gentillesse, comme quand ils attendent pour laisser passer notre bicyclette.

Ça me rappelle une histoire personnelle. J'ai enseigné l'art vidéo pendant deux semestres à Tsukuba (l'année après la fondation de l'Université). Une étudiante qui rentrait au Canada m'a donné sa bicyclette, très gentille de sa part. Elle m'a dit, toute souriante:
"The Japanese are sooo nice. They're always bowing to you."
Et je me suis dit:
"So you don't bow to them?"

FFJ n'est pas supposé être un site de chat. J'espère donc que je ne me suis pas trop éloigné du sujet de la discussion... mieux apprendre à communiquer en japonais.

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Pour la langue japonaise, je prépare le vocabulaire de mes leçons de français, car je n'aime pas trop quand mes étudiants passent du temps à chercher dans leur dictionnaire. Quant on refait 15 fois la même leçon, ça finit par rentrer. Mais en tant que prof, le plus important est pour moi de connaître quelques mots clés du lexique grammatical, pour pouvoir expliquer une règle en japonais en cas d'incompréhension de la part des étudiants. Une fois de plus, ça ne va pas de soi, cela se discute et chaque enseignant à sa façon de faire.
Sinon je note les mots inconnus vus ou entendus dans la rue et qui me semblent séduisants ou intrigants. Ensuite j'en cherche la signification. Ca c'est quand même plutôt aléatoire comme méthode, les résultats sont incertains.
Je suis tout à fait d'accord avec Michael sur le langage verbal ; et quand faute de temps les courbettes ne viennent pas naturellement, un petit détour par Diderot s'avèrera utile (un texte à mon avis extrèmement opérant dans ce pays) :
http://fr.wikisource.org/wiki/Paradoxe_sur_le_comédien

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Bonjour Lionel,

Merci de lancer une discussion sur la langue, le langage et la parole, ainsi que sur leur apprentissage. Que de passionnante source de... psychologie comparée! Je dis à mes étudiants quand j'ai la charge de cours de langue française ou anglaise, d'enlever d'emblée tout ce qui est ornemental (enfin je qualifie comme cela) des phrases qu'on est en train de déchiqueter, afin de n'y laisser que des éléments de base, savoir le sujet, le verbe et le complément d'objet. Je passe ensuite à commencer à leur répéter - cela jusqu'à la fin du semestre et de l'année - qu'il faut mettre un "je" partout un "je", même quand ils pensent en japonais, s'ils veulent "s'imprégner" de l'esprit de la langue française. Cela soulève et révèle un blocage monumental chez mes étudiants, sans doute inné chez tous les Japonais.

En suivant le chemin à l'envers, j'imagine et comprends combien est purement impossible d'enlever le "je" de vos énoncés, quand vous êtes occidental. Mais cela vaut la peine, j'en garantis le plaisir et l'envoûtement.

Le reste, c'est un peu moins compliqué. Il faut lire et écrire beaucoup, c'est tout. Je vous conseillerais de choisir un court texte écrit en japonais moderne, de préférence de fiction, et de le recopier en entier jusqu'à ce que vous en mémorisiez le contenu à un mot près. C'est une méthode nippo-nippone dans tous les domaines artisanaux dont fait partie la langue à mon sens.

Amicalement à vous et à tou(te)s.

Yukiko

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Ainsi toutes les principales remarques soulevées par nos conseillers spécialistes en langues (merci de m'avoir montré le droit chemin à suivre pour devenir bonne élève même provisoirement), je reviens encore pour énième fois à cette particularité de la langue japonaise qui est l'éclipse de sujet parlant; comme Yukiko et Michael y ont bien souligné, en japonais, le sujet parlant peut fonctionner indépendamment du syntaxe verbale et même être omis.

C'est absolument hallucinant pour les Occidentaux. Dans le cas de l'omission, nous devons quand même savoir bien entendu qui est donc le sujet de l'énoncé. Le sujet migre du coup, soit dans le contexte, quand l'énoncé est un texte, soit dans la situation de communication elle-même pour les communications orales. Je conçois de ce que cela génère une sacrée complication, car, moi-même, je suis tout le temps en train d'interrompre la conversation pour vérifier après de mon interlocuteur de qui et de quoi il parle. Cette tendance se renforce, ça va de soi, quand la communication se déroule dans un milieu familial à moi.

Cette fonction belle et bien "grammaticale" a, vu d'un oeil de l'extérieur, une influence considérable sur les comportements des locuteurs japonophones à tel point que s'accommoder à une atmosphère ou la lire pourrait devenir une question de la vie ou de la mort dans une société (japonaise). L'ignorance est un des comportements par excellence de cet exemple pré-langagier. J'exagère?

Et c'est aussi grâce à cette même fonction que l'on peut formuler son expression de façon plus égale, plus unie avec l'autrui ou sur les rapports entre différentes personnes à évoquer dans une même phrase, dans le cas où le sujet parlant occulté est 2ème ou 3ème personnes pluriel. D'où il est claire que les verbes ne s'accordent pas du tout avec les personnes. C'est épatant, non? Quand je m'exprime en japonais, c'est cette liberté-là que je goute précieusement. Je n'ai donc pas de méthode efficace (Merci, professeur Yukiko) à vous donner, désolée!

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Ritsuko, je ne suis pas d'accord avec votre intervention. Pour trois raisons.
1. l'ordre des problèmes de la communication n'est pas tout à fait celui des problèmes de la connaissance linguistique. Il semble qu'il y a une confusion générale entre les deux, non pas seulement dans le vôtre, mais aussi dans tous les commentaires précédents.
1. une telle attitude hermétique que la vôtre peut bloquer les non-nippophones de naissance dans leurs efforts d'accession aux secrets de notre langue. Ils se diraient : "de toute façon, puisque c'est impossible de maîtriser le japonais (ou autre langue, peu importe) parfaitement..." Or ce n'est pas vrai. Notre langue ne devrait en aucun cas être un refuge réservé aux seuls Japonais, où ceux-ci se parleraient et se rassureraient les uns les autres en dehors de tout souci à l'égard du reste du monde. (C'est cela qui s'appellerait l'ignorance au sens plein du terme, en l'occurrence.) L'expérience et même la simple théorie nous enseignent que la langue japonaise est accessible à tout autre personne qu'un Japonais. Demandons-nous alors de notre côté: connaissons-nous la langue japonaise aussi parfaitement que nous le prétendons? Je connais des savants occidentaux qui lisent Kojiki ou Zéami dans le texte sans problème. En êtes-vous capable? Nous croyons, il est vrai, détenir et posséder l'ensemble des trésors de la langue japonaise à nous seuls, mais cela me semble parfois une illusion collective, autant dire nationale. N'en sommes-nous pas plutôt seulement conditionnés? Le conditionnement est à dépasser, et en effet dépassable, aussi bien pour nous que pour les autres, avec cette petite clé qui s'appelle l'imagination. J'en suis convaincue.
3. Ce que vous relevez dans votre courrier comme caractéristique de la langue japonaise en tant que "fonction" grammaticale (je pense que vous vouliez dire plutôt "un trait de configuration" ou "de structure"), ne fait pas en réalité partie de la grammaire japonaise proprement dite. Ce côté "modal" de la langue sans sujet verbal se place, en me référant à la célèbre étude de Roman Jakobson sur les "6 fonctions du langage et de la communication", entre la "fonction phatique" et la "fonction métalinguistique". En tout cas, après avoir énuméré ces six "fonctions" qui semblent parfois selon les dispositions du lecteur émaner de l'ancienne scolastique, Jakobson soutient cependant - ce qui est moderne - que ces fonctions se rassemblent à un moment donné, et prennent sens, lorsqu'elles sont couronnées par une ultime fonction du langage, qui s'appelle fonction poétique. Fonction poétique, c'est le message. Le linguiste tente alors d'insinuer que le dialogue peut être infiniment fructueux partout là où cette fonction est mise en oeuvre des deux côtés.

Evidemment je ne cherche pas à exposer ici tout un schéma linguistique. Je tiens à dire toutefois que si la communication en n'importe quelle langue se réduit au final au dialogue, le dialogue se passe entre deux personnes à travers les barrières variables que peut avoir une langue pour chacun (le "dia" en grec ne signifie pas "deux", mais "à travers"), il y a, cependant, toujours moyen d'en relever le message, qui n'est autre qu'une expression de la volonté de communiquer chez l'autre. L'effort doit être fourni par deux parties. En cas de communication en japonais, je remarque personnellement beaucoup plus de cas de non effort chez les Japonais que chez d'autres. Preuve, on n'a même pas encore une adéquate méthode d'enseignement du japonais à l'étranger!

Chaleureusement,

Yukiko

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Bonjour Yukiko et merci beaucoup de votre commentaire en réponse au mien très fructueux envers tout le monde, surtout pour les non-japonophones de naissance.

L'éclipse de sujet parlant n'est pas un propre unique au japonais, mais comme je ne suis pas suffisamment avertie pour donner les exemples d'autres langues (il me semble que c'est souvent asiatique plutôt), j'ai limité le sujet évidemment sur notre langue dont il s'agit en question ici d'élaborer ses méthodes d'apprentissage.

De là, je ne pense nullement avoir banni de la possibilité d'apprendre le japonais chez les étrangers. Ce qui est merveilleux, il y a de plus en plus du monde qui s'intéresse à apprendre notre langue, pas souvent, mais j'arrive à rencontrer des personnes ici où les vrais polyglottes ne se font pas rares de la population et chacun a sa motivation. J'avoue que j'ai aussi rencontré un professeur en littérature japonaise en France dont le domaine de recherches était le japonais classique que je n'ai jamais étudié de façon approfondie après mes cours de lycée. Assurez-vous que je ne m'engagerai jamais comme sujet de conversation cette caractéristique avec elles. Mais, si je m'en suis permis ici, je m'attendais à avoir des réactions et des remarques exactement comme votre troisième explication! Il est vrai que le phénomène en question n'est pas strictement "grammatical" au sens puriste du terme. Je voulais dire que c'est grammaticalement possible et même correct". Cette particularité n'en est qu'une parmi les autres et ce sont elles qui rendent si passionnant d'apprendre une langue étrangère.

J'espère vous avoir rassurée par ces quelques lignes, qu'elles vous paraissent de purs prétextes, sinon, j'attends votre intervention linguistique, ma prédilection, avec plaisir! Ritsuko

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"Apprendre un seul mot dans une autre langue, c'est perdre la capacité de parler la sienne à 100%."

J'ai lu, il y a très longtemps, que Sartre avait écrit quelque chose comme cela. Récemment, j'ai essayé de trouver la source de cette citation, sans succès. Sartre parlait l'allemand, ayant fait des études en Allemagne dans sa jeunesse. Mais le sentiment est très francais.

Il semble que les enfants qui vivent dans des foyers bilingues, où il y a deux signifiants pour les choses (isu et chaise) et pour les concepts, prennent plus de temps à commencer à parler que dans les entourages unilingues. Par la suite ils développent un vocabulaire plus large que leurs pairs. C'est "symbolique," et c'est aussi possible aussi pour les adultes (pas tous, hélas). Malheureusement, mes enfants (24 et 17 ans) ne parlent que japonais, pour des raisons trop longues à expliquer ici.

La communication entre Japonais est moins verbale que la nôtre. Est-ce moins valable? A quoi bon se plaindre de leur manque d'initiative? C'est frustrant pour nous, certes, mais déplorable? Nous ne sommes pas des colons, et ils ne sont pas moins civilisés que nous. Nous trouvons qu'ils maltraitent leurs chiens; eux trouvent que nous maltraitons nos enfants.

Un problème reste à savoir comment leur apprendre le français. J'apprécie beaucoup les efforts des Japonais qui ont réussi à bien communiquer en français. Unlike English, they chose to learn French, thus their motivation is different. La question posée par Lionel ici est la contraire – comment pouvons-nous améliorer notre japonais?

C'est ici que le manque du "moi" en japonais est très significatif. Il faut communiquer en japonais comme les japonais, dans la mesure du possible. Comme Ritsuko, je tiens qu'un point de départ est de perdre son ego. Non à 100% et à tout jamais. Mais il ne faut pas croire que ce qu'on a à dire est tellement important qu'on n'attende pas d'intervention de la part des Japonais lors d'une discussion avec eux, avant de se relancer dans un monologue ou une conversation entre Gaijins. Comme nous le savons tous à FFJ, les Japonais sont plus réticents que nous et n'interviennent donc pas dans les délais brefs d'une rencontre où les étrangers établissent le rythme. Continuer à parler sans leur participation n'est pas de la communication.

Lionel a raison lorsqu'il signale que nous nous assoyons à part, Gaijins et Nihonjin, et rares sont ceux qui croisent la barrière d'un côté ou de l'autre. Mais c'est justement là l'importance du rôle à jouer par les "bilingues" et les interprètes... et les opportunités d'améliorer notre japonais.

Je reviens donc à l'idée de silence. Il faut laisser de la place au ma pour que la communication avec nos ami(e)s Japonais soit possible. J'ai moi-même la mauvaise habitude d'interrompre autrui, donc je ne me présente pas comme communicateur idéal. Ce que je veux dire est qu'il faut que nous, étrangers, fassions des efforts pour nous taire, afin de mieux communiquer en japonais.

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Je ne m'attendais pas à ce que cette discussion prenne cette direction, intéressante mais déconcertante à la fois. Le problème auquel je fais face et qui concerne avant tout mon métier est la progression dans la prosodie, donc l'oral appliqué à des formes complexes de japonais, de vocabulaire (surtout en rapport avec les affaires, le business), non seulement riche, mais articulé dans un discours fluide et bien construit, et je dirais, même mieux construit que les locuteurs pour lesquels je travaille. Qu'est-ce que parler bien en japonais pour un étranger, d'autant plus que l'attitude d'indifférence à la forme de mon discours est bien rare? Combien de fois j'ai l'impression qu'on écoute moins ce que je veux dire que "comment" je dis les choses. Il ne s'agit donc pas pour moi de se gaver - comme c'est le cas dans beaucoup de manuel d'anglais pour japonais - de listes de vocabulaire, mais bien être beaucoup plus adroit à parler de manière "intellectuelle", faire tout autant des phrases courtes que longues qui soient claires et articulées. C'est surtout l'articulation qui pose problème. Je n'ai pas de modèle, tant de "parleur modèle" japonais que de méthodes adéquates. C'est l'empirisme permanent mais les sources audio, vidéo à la rigueur, sont à la fois ce qui est nécessaire et ce qui manque le plus. Les sources de discours intellectuels en japonais - celles que je connais - sont assez pauvres, en particulier dans la qualité de la prosodie qui n'est très souvent pas un modèle de fluidité, exemple, les intervenants de 放送大学, quel que soit le sujet, qui est d'abord récitation de textes. Je ne regarde pas la télévision, japonaise ou autre, par choix, mais j'ai aperçu l'autre jour une brêve apparition d'un prof de Todai, Kang Sang Jung, (son blog promotionnel est ici) dans une émission de la NHK, intervention que j'ai trouvé remarquable par sa prosodie soutenue, continue, pas le chevrotant trop courant du professeur "pas sûr de lui". Qu'est-ce que bien parler? Qui parle bien japonais, surtout en terme de prosodie? Le silence n'entre pas dans ma problématique mais le discours. Qui sont les orateurs célèbres? (encore faudrait-il trouver des sources sonores ...)

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Bonjour Lionel,

Oui, je regrettais moi aussi que la discussion devînt une sorte de spéculation de la surdité mentale des Japonais. Je vois tout à fait ce que vous voulez atteindre comme objectif et cherchez comme modèle. "Bons orateurs", ce n'est pas rare au Japon. J'en rencontre à des colloques et symposiums universitaires, qui surprennent par leur exposition vigoureuse et articulée de leurs résultats de recherche, leur érudition littéraire quant au texte qu'ils ont préparé, d'autant plus que beaucoup laissent confronter des textes en langue étrangère (en français quand ils sont spécialisés en des domaines liés à la France) et leur traduction. On voit alors la fluidité, non pas de la lecture orale ou de sa cadence, mais de la pensée. Je crois que c'est ce qui impressionne le plus les "intellectuels" Japonais.

Quand il s'agit d'assurer un travail d'interprète dans des contextes commerciaux, c'est également, me semble-t-il, la rapidité et la précision de la synthèse que fait l'interprète Japonais (ou vers le Japonais) de ce qu'il entend en langue étrangère, qui font apprécier le plus son travail par ses clients. Même s'ils ne comprennent pas la langue parlée en face d'eux, ils comprennent combien ou combien peu rapidement le sens est transmis. Surtout quand l'interprète parle doucement et dans un rythme soutenu, sollicitant de temps en temps avec le regard bien attentif la compréhension de ses clients.

Au Japon, d'après ce que je connais personnellement de mes expériences en milieu universitaire en France et au Japon, la "performance" oratoire n'a pas tellement lieu. la rhétorique ne consiste pas autant ici dans un maniement de la langue parlée qu'en France. Elle existe cependant, la rhétorique japonaise. Celle-ci me semble - ce que je tente de pratiquer moi-même d'ailleurs - dans la capacité effective de synthèse d'idées. Du reste, je renouvelle complètement le contenu de mon cerveau selon que j'expose en France et au Japon des réflexions émanant de ma recherche. Pour communiquer en français, je rédige dès le départ en français. Idem pour le japonais. Encore, ceci est-il peut-être ma spécialité, j'improvise beaucoup plus en japonais, notamment pour mes cours.

Un purement bon orateur existe-t-il au Japon? Je l'ignore. Peut-être oui, peut-être non. Ce que je peux témoigner par rapport à mes expériences, cela doit être quelqu'un dont la présence convainc d'emblée. Une présence composée de la qualité de voix, du maintien du corps, du regard, puis d'une grande capacité à schématiser ce qui est présenté d'abord comme confus. Les Japonais sont aussi acteurs que les Français, mais autrement. Je citerai un seul nom parmi ceux que je qualifierais en ce sens de bons orateurs. Il s'appelle Yôrô Takéshi, anatomiste médiatique, qui parle doucement et sans grands mots.

http://jp.youtube.com/watch?v=CYcGx5cKynA

Il est à gauche, aux lunettes, sur la vidéo. Accompagné d'un biologiste (au milieu), et d'un jeune comédien à droite. Le biologiste parle bien aussi, sauf que sa denture d'emprunt donne une sonorité un peu désagréable à sa voix. Mais la différence entre ces deux vieux messieurs et le jeune comédien, en matière de la respiration, de la présence, du naturel, est frappante.

Bien à vous.

Yukiko

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Je viens juste de découvrir avec retard le programme gratuit Anki (toute plateforme), un logiciel de flash card particuliérement bien fait, qui plus est par un développeur apprenant de japonais. La méthode flashcard n'est pas la panacée mais un outil parmi d'autres, mais celui-ci est particulièrement bien fait - j'en ai essayé d'autres. Le logiciel vient avec des exemples de listes de vocabulaires, en particulier Japonais/Anglais, qui permettent de tester immédiatement.

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Je suis un des "trop vieux" et "handicapés" – dyslexique avec les patterns (模様) – mais je trouve ce système d'apprentissage de kanjis très attirant. Reste à voir si j'aurais la patience de l'essayer... peut-être après avoir commencé la méditation? Je passe déjà trop de temps devant ce maudit écran. La version keitai, alors. Oups, plus le temps de dormir dans les trains, alors... Zzzennn zen.

Sérieusement, ça m'intéresse. Merci, Lionel, de l'avoir trouvé et partagé avec nous.

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