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Julien Bielka

Psychogéographie ?

Bonjour à tous,

comme le projet Ameyoko se place sous le signe de la psychogéographie, concept d'origine situationniste, bien que pratiqué avant l'heure par les surréalistes (Breton, Nadja, Aragon, Le Paysan de Paris) voici quelques textes, certains en anglais, d'autres en français, pour approfondir cette notion. Je vais essayer de créer ici une base de donnée de textes s'y référant, disponibles gratuitement sur le net.

Tout d'abord, quelques définitions, nécessairement simplificatrice, mais précieuses :

psychogéographie
Etude des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus.

psychogéographique
Relatif à la psychogéographie. Ce qui manifeste l'action directe du milieu géographique sur l'affectivité.
psychogéographe
Qui recherche et transmet les réalités psychogéographiques.
dérive
Mode de comportement expérimental lié aux conditions de la société urbaine : technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Se dit aussi, plus particulièrement, pour désigner la durée d'un exercice continu de cette expérience.
(source : IS, 1958)

-http://library.nothingness.org/articles/SI/en/display/2 (Introduction to a Critique of Urban Geography, Guy Debord)
En français ici : http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=33

-http://library.nothingness.org/articles/SI/en/display/314 (Theory of the Dérive, Guy Debord)
Théorie de la dérive en français ici : http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=38

-http://library.nothingness.org/articles/SI/fr/display/184
Extrait de La Société du spectacle de Guy Debord, "L'aménagement du territoire".

-http://library.nothingness.org/articles/4/en/display/327 (Exercise in Psychogeography, Guy Debord, calqué sur le Premier Manifeste du surréalisme)

-http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=36 (Panorama intelligent de l’avant-garde à la fin de 1955, IS)

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Réponses à cette Discussion

Merci pour ces liens qui semblent des plus instructifs.
Je me souviens avoir eu recours à cet terme lors d'une discussion avec Lionel, de manière purement intuitive, et par extension à partir du terme de "psycho-histoire", rescapé de souvenirs de lectures adolescentes en matière de science-fiction. Cela dit bien combien ce composé peut sembler presque évident, et en tout cas très parlant.
J'aurais assez naturellement tendance à inscrire (très cavalièrement) dans cette catégorie d'écrits des textes de Julien Gracq tels que "la Forme d'une ville" et "Carnets du grand chemin".

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Le terme est en effet parlant et séduisant, tout en étant situé dans l'histoire d'une avant-garde (L'Internationale Situationniste) et défini clairement par leurs acteurs. Je voulais aussi en profiter pour introduire la belle notion de dérive, qui risque d'être bien malmenée par l'arrivée de ces "GPS humains" dont j'ai vu la pub il y a peu dans la Yamanote.

Entre les divers procédés situationnistes, la dérive se définit comme une technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique-constructif, ce qui l’oppose en tous points aux notions classiques de voyage et de promenade.La part de l’aléatoire est ici moins déterminante qu’on ne croit : du point de vue de la dérive, il existe un relief psychogéographique des villes, avec des courants constants, des points fixes, et des tourbillons qui rendent l’accès ou la sortie de certaines zones fort malaisés.


Dans un autre texte Debord cite un sociologue qui écrit qu'un quartier se définit par la représentation que ses habitants (ou ceux qui le fréquentent) en ont, puis reprend cette analyse au compte de la psychogéographie. Dans le Projet Ameyoko, voilà un thème qui pourrait être fécond d'explorer. Pour moi (et sans trop m'avancer pour Lionel aussi, certainement) Ueno est une sorte d'oasis, de note dissonante dans l'aseptisation avancée de Tokyo. Un quartier cosmopolite, un peu louche, sans obséquiosité, qui contraste, qui séduit pour ces raisons. J'aimerais connaître l'avis de ceux qui travaillent ici (sur le marché par exemple), des tokyoites qui le fréquentent, des touristes aussi, des provinciaux (y a t-il des lieux comparables dans d'autres villes ?), etc. Essayer de créer, via des interviews, une mosaïque de représentations, quelque chose de dialogique autour de ce quartier magnétique.

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Pour votre information, j'ai trouvé un document à regarder dans une bibliothèque(car, sa dernière version en poche est épuisée); c'est un recueil d'essais d'un architecte japonais, Maki Fumihiko(à voir aussi l'article sur Wiki en français). Moi-même, je n'ai lu que la critique de ce livre, et d'après elle, ce n'est pas un ouvrage théorique d'architecture. Il aborde des thèmes sur l'aménagement des territoires urbains travers à celui de certains quartiers de Tokyo dont il a participé à un projet. Il y met en avant sa vision sur les villes japonaises et sur son idéal d'y aménager tout en respectant les traditions et l'environnement sans prétention à revendiquer une façon "à la japonaise".

http://www.amazon.co.jp/%E8%A8%98%E6%86%B6%E3%81%AE%E5%BD%A2%E8%B1%...

Ameyoko n'est pas forcement proche de l'esthétique du nouvel urbanisme, mais, quand j'ai vu vos commentaires, cela m'a fait un déclic pour penser à ce livre.

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Merci beaucoup Ritsuko, je ne connaissais pas cet architecte, dont les partis pris me plaisent beaucoup, par exemple :

Il se réfère souvent aux folles parties de cache-cache des enfants et aux « lieux de refuge et de perspective » qui leur permettent de voir sans être vus.

Il introduit la notion de l'oku, ces couches spatiales imbriquées qui dissimulent mais ne cachent pas entièrement. Il s'oppose à l'architecture manichéenne, totalement opaque ou totalement transparente qui prolifère dans les villes modernes.
(source : wikipedia)

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Sa conception de Oku, j'y imagine seulement, ne doit pas être une simple perspective tridimensionnelle, mais une profondeur avec cloison mobile comme ô-oku (comment dire un de ces espaces comme dans le style Shinden寝殿造). Ameyoko a son Oku avec tous ces petits stands reliés par des couloirs labyrinthiques et couverts. J'y suis allée à la recherche d'un distributeur des montres suisses pour une étude de prix et y étais perdue, n'arrivant pas à le trouver, malgré son nom et adresse que j'ai bien noté. Là, vous pouvez trouver des vraies montres de marque suisse à l'ordre de 600.000 à 800.000 yens dans les devantures pour les pièces à collectionner. Il doit y avoir encore plus Oku, où se trouveraient les plus cher de leurs trésors(?).

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Très intéressant cette approche des trésors (au sens financier) cachés dans les recoins d'Ameyoko.

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Je trouve votre conversation passionnante, surtout ce concept de psychogéographie. Ce marché sous les rails me rappelle beaucoup petaling street à Kuala Lumpur, le quartier chinois. Tous les commerçants se connaissent, ça se voit tout de suite. Il y des vendeurs occasionnels aussi à qui on doit sous louer des places pour vendre leur morceau d'ananas à la sauvette. Le plus étonnant par rapport aux autres marchés dans le monde, c'est de voir le poisson côtoyer de si près les habits, la maroquinerie. Puis je ne connais pas deux endroits à Tokyo où on peut négocier le prix. ;-)

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C'est ce côté "hapax dans l'urbain tokyoite" qui me retient et me séduit... Je connais peu d'endroits comparables au Japon, à part Tsuruhashi à Osaka (que Kuri connaît certainement et pourrait sans doute nous décrire très bien) et le marché de Naha, du côté de Kokusai dori.
Merci Olivier pour l'info sur Kuala Lumpur, j'aimerais bien y aller un jour. J'ai ouvert un compte sur flickr pour y déposer mes photos d'Ameyoko et il y a un groupe "Markets" qui consigne des photos de marché du monde entier, c'est ici :
http://www.flickr.com/groups/markets/
Ritsuko-san, j'ai trouvé le fameux "oku" des montres de collection, il y a de tout, de vraies belles montres et aussi des choses d'un goût surprenant, des montres très chères, plus de 800 000 yens, ornées de têtes de mort en diamant !
Un coin qu'il serait intéressant d'explorer en détail est le quartier des bijoux et des pierres précieuses, du côté d'Okachimachi (sur la gauche de la gare quand on vient d'Ameyoko). Qui sont les clients ? Des fournisseurs j'imagine. Etonnant, une telle concentration de bijoux dans un quartier populaire, là pour le coup j'aimerais quelques explications historiques...
Par ailleurs, au dernier déjeuner FFJ à Ueno vendredi dernier Lionel a découvert les entrepôts d'Ameyoko, à l'étage, et les nombreux rideaux de fer indiquent qu'il y avait sans doute des magasins avant...
Une vidéo ici : http://fr.youtube.com/watch?v=oS10I9zRzeM (prise au téléphone portable, désolé pour la qualité laissant à désirer)

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Juste un mot; Okachimachi est Anvers(quartier internationalement incontournable de l'or et des diamants en gros de Tokyo. Cela ne vous fait plus rêver Anvers?
On pense naturellement au facteur historique bien connu depuis Edo, qui donnera la réponse sur ce pourquoi les grossistes travaillaient toujours dans ces zones-là.
J'ai du mal a dire parce que je ne suis jamais allee a Ameyoko... enfin, c'est pire, j'ai pu y passer plusieurs fois et ca ne m'a pas marque. Qu'est-ce qui en fait la specificite ? Il n'y en a pas obligatoirement, je pensais que vous l'aviez choisi parce que c'etait votre voisinage.
Ce shotengai est le plus long de cette forme du Japon ?

Tsuruhashi, c'est particulier, c'est le quartier folklorique coreen. Tout est fait "expres", pour l'aspect touristique, la vitrine de la culture korean. Ce n'est pas le seul quartier coreen d'Osaka, mais celui-ci a ete transforme en yakiniku-land officiel.
J'ai vu un shotengai accole comme a la voie ferree comme Ameyoko plutot vers Kyobashi. Mais c'est moins "bourgeois".
Shitamachi

Il y a des coins à travers le Japon qui rassemblent un peu à Ameyoko. Mais ce restant de petits commercants à l'ancienne est rare à Yedo.

Cela dit, Shakespeare a commenté sur les "Storehouses à Ameyoko"...
Much ado about nothing.

De l'art minimal? Une méditation sur la tranquilité au sein du bazaar bruyant? Journée de congé? Ce n'est pas un exemple typique du dynamisme du coin, ni du projet.
J'aime beaucoup Anvers et la Belgique en général, ça me fait rêver oui, certains vieux cafés bruxellois me manquent beaucoup, comme "la Fleur en papier doré", avec le souvenir des surréalistes, qui est un des endroits où je me sens le mieux au monde.
Concernant l'argument historique, si je devine bien il s'agit d'une question d'acheminement des marchandises par voie de mer, mais alors pourquoi précisément Okachimachi ?
Le "facteur historique bien connu" ne l'est pas forcément pour tous ; n'hésitez pas à nous éclairer.

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